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tome 1&2

tome 1&2

Traité de sociologie, 2 vol., Paris, PUF, 1re édition 1957 et 1962, EDITION DE 1962

PRIX 50€ LES DEUX VOLUMES PORT POSSIBLE +6€

 

 

Quoiqu'il ait joué un rôle majeur dans le développement en France de la sociologie, G. Gurvitch n'est en rien un tenant de la "science normale". "Grand voyageur des espaces intellectuels" (G. Balandier), il se définissait lui-même comme un "exclu de la horde"5, "chercheur travaillant contre le courant"6.

 

Spécialisé dans la sociologie de la connaissance, il est un héritier de Marcel Mauss, à qui il emprunte la notion de phénomène social total. Il a aussi été un des précurseurs de la sociologie juridique, et a notamment inspiré Roscoe Pound. Les années 1930 sont très productives à cet égard. Puis il s'oriente vers la sociologie théorique avec son essai de "classification des formes de la sociabilité" (1937) et ses Essais de sociologie (1938).

 

Durant son séjour aux États-Unis, il découvre la sociologie américaine, qu'il contribuera à faire connaître en France, tout en développant une critique acerbe de son caractère "gestionnaire". Tous ses enseignements et publications iront désormais dans le sens d'une sociologie théorique critique. Pour lui, la sociologie ne pouvait être que dialectique et pluraliste. Les travaux qu'il impulse, en particulier dans le Groupe de sociologie de la connaissance, sont particulièrement novateurs : "Industrialisation et technocratie", avec notamment les recherches développées par Nora Mitrani ; "Sociologie des pays sous-développés", "Crise de l'explication en sociologie" ; "Signification et fonction des mythes dans la vie et connaissances politiques", Sociologie des mutations". Il n'eut de cesse, de 1950 jusqu'à sa disparition, à développer des instruments théoriques et méthodologiques à destination des jeunes générations de sociologues.

 

Il en résulte, entre 1958 et 1960, la publication de l'ouvrage collectif La vocation actuelle de la sociologie. La parution en 1962 de Dialectique et sociologie constitue le sommet de son œuvre. Son dernier ouvrage Les cadres sociaux de la connaissance est paru quelques mois après sa disparition en 1966. Son opposition farouche à tous les formalismes, y compris le structuralisme, explique pour une part l'éclipse qu'a connue sa pensée jusqu'à la fin du Xxe

siècle. Mais les questions qu'il a soulevées autour de la sociologie de connaissance, les cadres sociaux de la technocratie et la multiplicité des temps sociaux, expliquent le regain d'intérêt dont son œuvre fait aujourd'hui l'objet.

Dans l’histoire de la sociologie française, Georges Gurvitch apparaît aujourd’hui comme un laissé-pour-compte. Cet oubli a de quoi surprendre, quand on sait qu’après 1945 il était une référence obligée pour quiconque s’intéressait à la sociologie [1][1]  « Il était avec Davy le seul directeur possible pour.... D’aucuns se sont interrogés sur les raisons d’un succès qui ne survit guère à la mort du principal intéressé. Après 1965, il n’y aurait plus eu d’école gurvitchéenne [2][2]  Si tant est qu’il y en ait jamais eu une., dotée d’un paradigme précis, et d’un programme de recherches clairement défini [3][3]  De l’avis même de l’un de ses proches, avec le décès.... Alors qu’à des noms comme Stoetzel et Friedmann sont associées des techniques d’enquêtes et une certaine conception de la sociologie, de Gurvitch il ne nous reste que des livres qu’on lit aujourd’hui comme des documents historiques [4][4]  Outre bien sûr les travaux de collègues de Gurvitch....

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Les arguments généralement avancés pour expliquer cette absence de postérité (ou du moins de postérité « visible ») font valoir un « effet de contexte ». Toutefois, les études de sociologie des sciences qui les sous-tendent ont tendance à privilégier dans l’explication des « objets institutionnels ». Elles font en général valoir que de retour des États-Unis [5][5]  Après l’armistice, en 1940, il part aux États-Unis,..., Gurvitch apporte après la Libération « un noyau de bibliothèque » [6][6]  Qui est vraisemblablement la propre bibliothèque de... et de documentation sur la sociologie américaine ainsi qu’ « un capital de relations personnelles qui se révélera très précieux dans les premiers contacts avec les milieux universitaires d’outre-Atlantique » [7][7]  Tréanton, 1991, p. 383. , ce qui lui aurait permis par exemple de revenir des États-Unis avec dans la poche le texte de La sociologie au XXe siècle, initialement publié là-bas. Si bien que pendant une vingtaine d’années, c’est un personnage clef du monde de la sociologie, et il y occupe une position quasi monopolistique. Rappelons que c’est lui qui, en mars 1946, prend l’initiative avec Y. Halbwachs de la création du Centre d’études sociologiques, premier (et longtemps unique) laboratoire public de recherches de l’après-guerre, placé sous la direction du CNRS. Il fonde aussi les Cahiers internationaux de Sociologie, qui sont jusqu’en 1960 la principale revue de sociologie de l’époque [8][8]  Les Cahiers commencent à paraître en 1946 et sont.... En 1950, il lance aux Presses Universitaires de France la « Bibliothèque de sociologie contemporaine », qu’il dirige jusqu’à sa mort, et qui est à l’origine de la première réédition d’une partie des œuvres de Mauss [9][9]  Rassemblées comme on sait dans le volume Sociologie..., mais aussi de la parution du livre posthume d’Halbwachs sur La mémoire collective [10][10]  Les deux ouvrages paraissent en 1950, au moment du.... La même année il est élu professeur titulaire à la chaire de sociologie de la Sorbonne [11][11]  Qu’il occupait de fait depuis 1948, mais en tant que.... En 1958, il crée avec Henri Janne l’Association des sociologues de langue française. Sur la période enfin, la plupart des manuels de sociologie sont publiés à son initiative.

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Ces arguments confortent une interprétation qui fait valoir qu’après la guerre, alors que la sociologie française est à reconstruire, Gurvitch, qui bénéficie d’une conjoncture favorable, est respecté parce qu’il fait beaucoup pour redonner une assise institutionnelle à la discipline, et a du pouvoir, mais n’est pas « théoriquement parlant » l’homme de la situation. Sa posture intellectuelle n’aurait pas été en phase avec les exigences du moment (construire enfin une sociologie empirique, inspirée du modèle américain) [12][12]  Sur la référence à la sociologie américaine, voir..., creusant un hiatus toujours plus grand avec cette situation institutionnelle forte. À la suite de Stoetzel, on s’accorde pour voir en Gurvitch la tradition érudite et philosophique de la sociologie, héritière de la période précédente de l’entre-deux-guerres, révolue dès 1945 [13][13]  Voir par exemple Stoetzel, 1957, p. 647-648.  : T. Clark interprète ce hiatus par le fait que Gurvitch, très influencé par le marxisme et la phénoménologie allemande, soucieux de surcroît de combiner certains thèmes durkheimiens à la phénoménologie, n’a jamais pu s’intégrer dans la sociologie française [14][14]  Clark, 1973, p. 232. .

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Il nous semble que, pour intéressantes qu’elles soient, ces thèses n’expliquent pas absolument le succès de la sociologie de Gurvitch. Car à force de privilégier les « objets cachés » de l’histoire des sciences, on en oublie les plus « visibles », à savoir les écrits. Or il apparaît qu’en fait, aussi éloigné de la tradition française qu’il ait été en apparence, Gurvitch a essayé de mener à bien un vaste projet intellectuel qui a fait sens pour certains chercheurs de l’époque, et qui est, nous semble-t-il, la condition de son succès. C’est sur cette dimension cognitive que nous voudrions revenir ici.

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La sociologie qu’il défend s’appuie en effet sur un texte scientifique dont les arguments paraissaient pertinents parce qu’ils posaient des problèmes qui préoccupaient la communauté des sociologues [15][15]  P. H. Chombart de Lauwe, par exemple, considérait,.... Gurvitch est persuadé que la discipline est « en crise », « parce qu’elle n’a pas encore atteint l’âge de sa maturité et qu’elle n’a pas encore abouti à la jonction [...] de la théorie et de la recherche empirique » [16][16]  Gurvitch, 1967, p. 3. . L’idée n’est pas originale pour l’époque [17][17]  Voir, outre Gurvitch, 1956, par ex. R. Polin, 1946,.... Ce qui l’est plus, c’est le modèle alternatif qu’il propose, et probablement le seul qui ait dans la sociologie non marxiste des années 1950, une vocation universaliste [18][18]  Le travail de Friedmann reste en effet très centré... à traiter tous les « objets sociaux » tant sur le plan théorique qu’empirique. Or, si l’on insiste souvent sur l’admiration qu’avaient pour la sociologie américaine les jeunes chercheurs à l’époque, on oublie qu’apparemment elle cohabitait avec un souci de « retraduction » conceptuelle qui était destiné à reconstruire une sociologie, certes plus empirique que par le passé, mais aussi « conceptuelle » notamment pour faire face à des savoirs et des disciplines concurrentes qui, tant du côté de l’existentialisme que du marxisme par exemple, estimaient avoir quelque chose à dire sur la société [19][19]  Ainsi, dans la production sociologique de l’époque,.... En ce sens, la sociologie de Gurvitch ne jouait pas uniquement la carte de la rupture avec l’ère précédente, mais, parce qu’elle entendait reprendre à son compte certaines questions telles que la possibilité de relier les études microsociologiques aux institutions et à la totalité de la société, elle revendiquait aussi ouvertement [20][20]  À la différence de Stoetzel, par exemple, qui a largement... la persistance d’une certaine continuité. Or précisément, il nous semble que c’est en interrogeant ce dernier aspect de l’œuvre de Gurvitch, et l’argumentaire qui lui était associé, que la sociologie des sciences peut trouver quelques éléments d’explications pour expliquer ce qui fut aussi son succès.

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