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Le comput ecclésiastique de Frédéric Klinghammer » L'étude est signée Joseph Flores, horloger, historien et passionné de mécaniques hors du commun. L'étude d'un comput est quelque chose de vertigineux...

 

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L'étude est signée Joseph Flores, horloger, historien et passionné de mécaniques hors du commun.Horloger de formation (il a fait une large partie de sa carrière chez Rolex), Joseph Flores est cet historien qui se bat depuis des années pour faire reconnaître que le mouvement automatique a été « inventé » par Hubert Sarton, un horloger liégeois de la fin du XVIIIe siècle. Cause implaidable en Suisse, où l'histoire officielle n'a retenu que le nom de Perrelet, horloger suisse, même si la jeune génération des historiens et des experts a de sérieux doutes sur la question.
Joseph Flores (ci-dessus) anime aussi l'AFAHA, association française des amateurs d'horlogerie ancienne (Besançon), qui se consacre à l'étude de l'horlogerie traditionnelle. C'est dans ce cadre que paraît un album très bien fait – et techniquement très au point, avec de nombreux schémas techniques, des photos très pédagogiques et un DVD explicatifs – sur Le comput ecclésiastique de Frédéric Klinghammer.
Sujet aride, mais entreprise passionnante, qui ne laissera indifférent aucun amateur de belles mécaniques…

 
Un comput ecclésiastique est une mécanique de type horloger, ultra-complexe, grâce à laquelle on peut calculer la date de Pâques. N'importe quel ordinateur est aujourd'hui capable de savoir quel a été et quelle sera cette date, qui est très importante pour les églises chrétiennes puisqu'elle est mobile : elle détermine l'année religieuse, mais elle varie à peu près du 20 mars au 20 avril.
Autrefois, il fallait la calculer... à la main !
Et ce n'était simple, compte tenu de l'enchevêtrement dans sa détermination du calendrier solaire et du calendrier lunaire hérité des anciennes cultures proche-orientales. C'est cette difficulté qui explique l'absence de mécanisme à calendrier perpétuel musulman ou hébraïque sur nos montres. Trop difficile jusqu'ici, mais il n'est pas impossible qu'un tel mouvement soit mis au point dans les mois à venir...

Un comput ne donne pas l'heure, ni la date du calendrier : il précise, pour chaque année, des indications astronomiques aussi désuetes que le nombre d'or (la place de l'année dans le cycle métonique des dix-neuf années du cycle lunaire), l'épacte (l'âge de la lune au 31 décembre, à minuit, notion indispensable pour déterminer la date de Pâques l'année suivante), l'indiction (en fonction du calendrier julien, et non grégorien), les lettres dominicales (code qui permettait aux astronomes de repérer les années bissextiles), le millésime (2008, par exemple, ce qui réclame un rouage séculaire, dont certains éléments qui ne fonctionneront qu'une fois par siècle, et encore pas toujours, compte tenu des année séculaire non bissextile, voire une fois par millénaire) et le jour de Pâques (indiqué par une aiguille). Ouf…

Le comput ecclésiastique le plus connu est celui de l'horloge astronomique de Strasbourg, conçu par Jean-Baptiste Schwilgué vers 1820 (intégré dans l'horloge, il mesure 1,20 m sur 0,90 m). Il n'en existe qu'une « copie de travail », à échelle réduite (25 cm x 17 cm), réalisé dans les années soixante-dix par Frédéric Klinghammer. C'est ce mécanisme exceptionnel que Joseph Flores a exploré, démonté, nettoyé, remonté et admiré.

Ce livre enchantera tous ceux qui sont fascinés par les mécaniques hors du commun, les rouages qui engrènent sur d'autres trains de roues, les subtilités des râteaux et les assemblages de limaçons et de colimaçons : une vraie magie se dégage de cette analyse minutieuse, qui nous renvoie tout de même à nos illusions sur le temps.

Que d'énergie pour une date de Pâques dont tout le monde se moque bien aujourd'hui, à l'âge du GPS interplanétaire. Le livre de Joseph Flores nous dévoile tout de même à quel point cette date était cruciale et difficile à obtenir sans de fastidieux calculs, dans lesquels nos ancêtres – astronomes compris – se mélangeaient joyeusement les neurones. C'est justement parce qu'ils n'y arrivaient pas que le pape Grégoire XIII avait substitué un nouveau calendrier (« grégorien ») à l'ancien calendrier de Jules César (« julien »), qui était devenu totalement fou…

Bref, un vrai amateur ne boudera pas son plaisir avec un tel livre, qui contient en outre de très précieuses indications astronomiques sur les calendriers et les cycles planétaires qui nous gouvernent.
G.P.